OR
paroles : D. Hernandez /musique : Michel Devillers
Voilà déjà de ça une poignée d’années,
(Je vous parle d’un temps où vous n’étiez pas nés)
J’ai connu, au Congo, le fameux Ferrero,
Assassin, mercenaire, grand brigand, bel escroc.
Célèbre pour ses crimes commis sans pitié,
Cet étonnant bandit me prit en amitié
Et me surprit beaucoup, un jour, en me nommant
Son homme de confiance, et premier lieutenant.
Moralement très droit, j’eus des hésitations
Avant de me rallier à la proposition ;
Mais bientôt, je cédai. C’est vrai, j’avais alors
Enormément besoin de gagner un peu d’or.
Bien que peu familier du milieu des bandits,
Je savais qu’on y risque assez souvent sa vie,
Et c’est avec une certaine appréhension
Que je me vis confier ma première mission.
Un convoyage d’or ; mille cinq cents kilos
Volés par des mineurs et fondus en lingots.
Je devais diriger, surveiller ce transport
A travers la forêt, jusqu’à un petit port ;
L’or serait embarqué, de nuit, sur un trois-mâts
Qui appareillerait pour gagner l’Angola.
Ferrero rejoindrait la bande quelque part
Et chacun d’entre nous, alors, aurait sa part.
Pour que soit réussi ce coup, j’avais besoin
D’une équipe fournie ; soixante hommes, pas moins,
Que j’allais recruter dans le vieux Kinshasa ;
Vagabonds, trimardeurs, et des anciens forçats…
Après ça, j’enrôlai, au sein d’une tribu,
Dix à douze Bantous, à la jungle rompus,
Qui serviraient de guides, à travers la forêt,
Et contre les attaques nous protègeraient.
Nous nous mîmes en route, en temps voulu, à pied,
Et rejoindre la mine prit deux jours entiers ;
Nous arrivâmes enfin, comme la nuit tombait ;
Les mineurs corrompus, déjà, nous attendaient.
Les quatorze gardiens étaient bien ligotés
Et le tas d’or brillait, renversant de beauté.
Chaque homme fut chargé de quinze à vingt lingots
Et la troupe s’enfuit dans la nuit aussitôt.
La nouvelle connue, l’armée fut alertée
Et lancée sur les routes, pour nous arrêter,
Tandis que nous marchions, très richement chargés,
Dans la forêt, où nul ne viendrait nous chercher.
Les meilleurs de mes hommes, armés jusqu’aux dents,
Encadraient l’équipée, poussant les moins ardents ;
Ils avaient reçu l’ordre de laisser pour morts
Ceux qui prendraient la fuite en emportant de l’or.
Les Noirs ouvraient la voie, coupe-coupe en avant,
Le convoi progressait, pas à pas, sûrement,
Par quelques incidents cependant ralenti,
Car je dus déplorer la mort de trois bandits :
Un crocodile énorme engloutit le premier,
Le deuxième, dans un trou d’eau périt noyé,
Et un fomentateur de lâche trahison
Fut, d’un coup de poignard, rendu à la raison.
Nous arrivâmes après quatre journées d’effort,
Par une nuit sans lune, au fameux petit port.
Le navire était là ; les hommes épuisés
Descendirent en cale pour s’y reposer.
Sans tarder, on hissa les voiles et le bateau
Se mût, alourdi par mille cinq cents lingots.
J’agitai mon mouchoir pour saluer l’armée,
La police, et tous ceux que nous avions berné.
Lorsque la côte fut enfin hors de ma vue,
Je trouvai le sommeil, sur ma couche, étendu,
Comptant et recomptant en rêve les lingots
Que j’allais présenter, tout fier, à Ferrero.
Bien qu’assez délassant, mon rêve dura peu ;
J’en fus sorti par des cris de « sauve-qui-peut ».
Un terrible ouragan faisait rage au-dehors,
Le tonnerre claquait, le bateau tanguait fort.
Hagard, vert de frayeur, je sortis sur le pont
Au moment où la mer happait un moussaillon ;
La seconde d’après, le bateau chavira,
Prit l’eau de toutes parts et tout à coup sombra,
Emportant par le fond les hommes et le trésor,
Qui sans doute, à ce jour, y demeurent encor.
Serrant un bois flottant, je fus seul survivant,
Et je conte aujourd’hui cette histoire aux enfants.